27 octobre 2009

Lettre à un ami

Voici ce que j'écrivais il y a peu à un ami qui est face à de grandes décisions pour sa vie.
J. m'a dit que ce texte vaut la peine d'être partagé.
J'ai ôté tout ce qu'il y avait de personnel ou qui puisse faire reconnaître de qui il s'agit.
Pensez à lui. Et si c'est dans votre habitude, priez pour lui.

"Cher ***, mon frère, mon ami,

Depuis ce matin, tu es présent de manière toute spéciale à mes prières et à mes pensées.
J'espère que la rencontre ce matin s'est bien passée et que tu es en paix.

Depuis notre dialogue , je ne cesse de penser à ce que tu as partagé de tes peurs.
J'ai été ému et touché par ce que tu disais et cela m'a renvoyé à ma propre expérience.

J'aimerais avoir des ailes pour venir te dire ce que j'ai vécu de mon côté... pour te dire que notre vie personnelle est plus importante que le regard des autres sur nous.
Puisque je n'ai pas d'ailes, je te l'écris tout simplement.
Tu en fais ce que tu veux. Je ne veux en aucune manière te dire ce que tu dois faire. Ce que tu as à vivre aujourd'hui et demain, ton cœur le sait...
Mais je sens que je te dois ce partage.

Quand j'ai découvert à près de 27 ans que je suis gay, j'étais sincère dans ma vie.
Le découvrir a été un séisme. Je me disais que je n'avais plus d'avenir, que j'étais maudit...
J'ai mis 5 ans pour oser en parler une première fois à un ami très proche. Je pensais qu'il accueillerait bien la confidence et je ne m'étais pas trompé.

Par la suite, j'ai osé en parler à quelques personnes très proches aussi... Mais dans le reste de mes relations, rien, pas un mot.
Et j'avais peur que cette dimension de ma personne soit découverte.
J'avais peur du regard des autres. Je pensais que ça allait se voir, se lire sur mon visage...
J'ai voulu en guérir. Mais l'homosexualité n'est pas une maladie...

Puis, j'ai changé de cap et j'ai voulu vivre ma vie en profondeur.
J'ai rencontré J. et, très vite, il est devenu évident que j'allais passer le reste de ma vie avec lui.
Nous avons décidé d'emménager ensemble.
J'ai été mis au pied du mur vis-à-vis de ma famille qui ne savait encore rien.
Je pensais au départ dire que j'allais vivre avec un colocataire.
Mais pouvais-je nommer l'amour de ma vie de cette manière ?
J'ai osé dire, après avoir prié et soutenu par des amis, qui est J. pour moi.
Et je me suis senti enfin libre. Libre d'être moi. Tel que je suis...
Ne plus devoir me cacher dans les réunions de famille...
Ne plus me mentir. Ne plus mentir aux autres.

Au début, les réactions ont été un peu difficiles, surtout pour ***.
Mais, si nous nous voyons moins depuis lors, nous avons du plaisir à nous retrouver et J. est invité à toutes les fêtes de famille.

La peur, comme je te l'ai déjà dit, je l'ai connue...
Après avoir changé de cap, j'ai vécu pendant deux ans avec presque rien par mois. C'était très dur.
Mais le plus dur, à ce moment là, a été de me cacher...
Je te le confie : à un moment j'ai pensé qu'il serait mieux que ma vie s'arrête là et que je prenne quelques médicaments pour en finir.

Mais, au fond de ma détresse, la tendresse de Dieu s'est manifestée.
J'ai rencontré J.
J'ai trouvé un travail intéressant.
Et tu connais la suite...
Et aujourd'hui, je ne regrette pas d'être passé par là.
Je n'ai plus peur.
Je suis heureux.

Un bonheur aussi fort, je te le souhaite.
Je vous le souhaite à *** et à toi.
Cela n'a pas de prix...
C'est même sans prix aucun.
C'est un cadeau ! C'est une grâce !

***, mon frère, mon ami, je pense à toi et je t'embrasse en amitié.

A bientôt,

Ben"

 

 

 

 

 

16:42 Écrit par Ben dans Amitié | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

J. a raison, ca valait la peine de partager cette douleur et ce bonheur.

Écrit par : kimiii | 29 octobre 2009

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