21 décembre 2009

Rome et consorts

Même si j'ai décidé, il y a un certain temps, de ne plus me faire de mauvais sang à cause de décisions, discours ou écrit du pape, il n'empêche que je suis choqué de savoir que Benoît XVI a proclamé vénérables et Jean-Paul II et Pie XII.
Si pour le premier je n'ai pas de réserve, même si j'ai des critiques à formuler sur plusieurs points de son pontificat, il n'en va pas de même pour Pie XII.
Ce dernier, victime de sa position, a gardé un silence coupable pendant la guerre et ne s'est ému qu'en privé, semble-t-il, du sort des millions de Juifs conduits à la mort...
Rien dans son attitude et ses écrits, rien dans sa vie ne me paraît être digne d'exemple.
Il est vrai que depuis qu'on amis un zélateur de toutes les dictatures hispaniques sur les autels, plus rien ne doit étonner.
Mais dnas le cas de Pie XII, je rejoins entièrement les propos de Michel Kubler qui, dans l'éditorial de La Croix, dit haut et fort :

"Pourquoi ?

L’annonce de futures béatifications ou canonisations par les plus hautes autorités de l’Église a un but, rappelé samedi par Benoît XVI : c’est « un encouragement fort, pour les chrétiens, à suivre le Christ avec intensité et enthousiasme », à travers ces modèles de « perfection évangélique » et de « refus de la médiocrité ». S’agissant de Pie XII, dont le pape reconnaissait le même jour l’« héroïcité des vertus », nombre de chrétiens ressentiront plutôt du découragement. Ne voyant pas d’emblée à quel point la vie et l’œuvre de ce pape correspondent à un tel idéal, ils se demanderont : pourquoi ?

La principale objection qui vient à l’esprit du grand nombre, et souvent la seule, vise l’attitude d’Eugenio Pacelli face à la montée du nazisme, puis à la tragédie de la Shoah. Nonce en Allemagne, puis secrétaire d’État de Pie XI avant de devenir le pape de la Seconde Guerre mondiale, son angoisse pastorale et ses prudences diplomatiques le privèrent de l’action prophétique dont, avec le recul, on aimerait pouvoir le créditer au plan politique. Ce qui pouvait rester un handicap historique devient, dans la perspective d’une béatification, une question théologique : pourquoi ?

Même si on laissait de côté la polémique sur cette période controversée, la personne et le ministère de ce pape, qui semble aujourd’hui d’une autre époque, n’apparaissent pas facilement comme exemplaires. Sa gouvernance solitaire et sa coupure du monde peuvent certes être compensées par sa gentillesse envers les petits et son souci d’une parole pour toutes les catégories sociales. De là à l’ériger en exemple, on demande à comprendre : pourquoi ?

Benoît XVI s’est fortement investi sur ce dossier. Après avoir demandé qu’il soit réexaminé, il n’a donc pas estimé nécessaire d’attendre que les pièces en soient accessibles à tous, et demande aux fidèles de faire confiance au « discernement de l’Église ». Lui-même notait, samedi, « la manifestation du sensus fidelium » que vient traduire la reconnaissance d’une telle sainteté. Quand on sait les réticences apparues au sein du peuple de Dieu dans le cas de Pie XII, on attend de l’évêque de Rome qu’il explique son choix, en disant pourquoi."

15:49 Écrit par Ben dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

Je prends conscience comme toi, cher Ben, que les papes se canonisent les uns les autres depuis deux siècles. Qu'est-ce qui leur prend ? A qui c'est utile, sinon à des papes, qui ont ainsi un modèle extérieur. Qui n'en est pas un puisque c'est un autre pape qui l'a désigné ainsi. On en plein modèle soviétique d'avant 89, ou franquiste d'avant 75. Pauvre Eglise, notre Mère manipulée...
Bonnes fêtes à J. et toi. Amicalement.

Écrit par : Ephrem | 22 décembre 2009

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Je ne suis pas un fan du Figaro, mais une analyse lue sur ce journal me semble intéressante pour y voir plus clair. L'initiative de B16 va sûrement susciter un débat d'idées et une mise en vérité de ce qui s'est réellement passé avec Pie XII, au delà de ce que l'on sait ou ce que l'on croit savoir sur le sujet.
Affaire à suivre ...

http://www.lefigaro.fr/editos/2009/12/22/01031-20091222ARTFIG00438-mais-o-va-le-pontificat-de-benoit-xvi-.php

Bonne fête de Noël à vous
Biz

Écrit par : Etienne | 22 décembre 2009

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J'avoue avoir grimacé aussi à la nouvelle mais, par expérience, j'ai préféré attendre un peu...

23/12/2009 17:23
ROME, 23 déc 2009 (AFP) - Pie XII : le Grand rabbin de Rome salue la mise au point du Vatican

Le Grand rabbin de Rome a salué mercredi comme un "signe opportun de détente" la mise au point du Vatican, qui a affirmé que sa décision samedi de poursuivre le processus de béatification de Pie XII ne constituait en aucune façon "un acte hostile envers le peuple juif".

"J'apprécie le timing et l'attention du Vatican, qui a répondu aujourd'hui à quelques questions essentielles de la communauté juive", a déclaré Riccardo Di Segni dans un communiqué.

Dans une note envoyée à la presse mercredi à la suite d'"un certain nombre de réactions dans le monde juif", le porte-parole du pape, le père Federico Lombardi, a affirmé que la décision du Vatican valorisait un "témoignage de vie chrétienne" et non "la portée historique de tous ses choix".

En même temps que Pie XII, le pape a proclamé "vénérable" Jean Paul II, mais cela ne signifie pas un "jumelage" des deux causes qui sont "indépendantes" et "suivront chacune leur propre procédure", a précisé le père Lombardi. "Il n'y a donc aucune raison de faire des hypothèses sur une éventuelle béatification concomitante" des deux papes, a-t-il affirmé.

"Aussi bien la distinction entre les aspects religieux et historiques que le fait que le processus de béatification (de Pie XII) aura son propre cheminement indépendant sont importants", a commenté le Grand rabbin de Rome.

La décision de Benoît XVI de signer un décret reconnaissant les "vertus héroïques" de Pie XII, le proclamant "vénérable", dernière étape avant la béatification, a suscité de nombreuses protestations des communautés juives dans le monde.

Il est notamment reproché à Pie XII, qui dirigea l'Eglise catholique de 1939 à 1958 après avoir été nonce en Bavière, en 1914, et à Berlin, en 1920, de n'avoir jamais fait de déclaration publique pour défendre les Juifs pendant la Seconde guerre mondiale.

Le Saint-Siège a toujours argué de son côté que Pie XII avait sauvé des Juifs en Europe, notamment à Rome, en les faisant cacher dans des institutions religieuses et qu'il se taisait pour ne pas aggraver leur sort.

http://www.la-croix.com/afp.static/pages/091223162338.oi4pqx8t.htm

Écrit par : Seb | 23 décembre 2009

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