17 octobre 2010

Justice immanente

Ces derniers jours, des propos de l'archevêque-primat de Belgique font, à juste titre me semble-t-il, polémique. Pour ne pas être accusé injustement de détourner sa pensée, les voici in extenso. Dans la citation, c'est moi qui souligne.

"On a posé à Jean-Paul II un jour cette question-là : « Est-ce que le sida est une punition de Dieu ? » Il a répondu avec beaucoup de sagesse : « Il est très difficile de connaître les intentions de Dieu ». Pour ma part, je ne raisonnerais pas du tout en ces termes. Tout au plus je verrais cette épidémie une sorte de justice immanente, pas du tout une punition, un peu comme, sur le plan écologique, quand on malmène l’environnement, il finit par nous malmener à son tour. Et quand on malmène l’amour humain, peut-être finit-il par se VENGER, sans qu’il faille y faire intervenir une cause transcendante. Peut-être s’agit-il d’une justice immanente, mais quant aux causes immédiates, ce sont les médecins qui seront aptes à dire où cette maladie est née, comment elle s’est transmise au début, quelles ont été les voies de sa propagation… Si vous souhaitez une considération plus générale, je la verrais plutôt dans l’ordre d’une certaine justice immanente. Malmener la nature physique amène celle-ci à nous malmener, et malmener la nature profonde de l’amour humain finit toujours par engendrer des catastrophes à tous niveaux."

Le tout récent archevêque est, on ne le sait peut-être pas, un intellectuel de haut vol. Docteur en théologie (edit : un ami me précise qu'il n'est que licencié, c'est-à-dire qu'il a une licence ou maîtrise pour mes amis Français) et Maître en philosophie (c'est à dire, un titre au-dessus de celui de docteur). Quand, il parle, il n'use pas sans raison de termes, souvent précis et qui dévoilent clairement sa pensée.

A trois reprise, l'expression "justice immanente" intervient.
La justice immanente est la justice qui ne passe pas par une médiation judiciaire.
Pour les Grecs anciens, la justice immanente était le propre de Thémis. C'est la rançon de ceux qui viennent troubler l'ordre naturel de l'univers ou qui veulent s'écarter de leur position.
Dans la conception du "droit naturel", elle est la conséquence possible d'actes posés librement et qualifiés d'intrinsèquement mauvais. 

Si je lis correctement les propos, la maladie du sida est donc la conséquence d'actes intrinsèquement mauvais. 
Mais, le primat va plus loin : cette maladie serait la conséquence d'une vengeance de l'amour humain malmené. Si on lit bien, l'amour humain, on le sait, ne peut-être que l'amour qui lie un homme et une femme dans une relation conjugale, unis dans le sacrement de mariage et bénis par Dieu.

Nous comprenons ici toute la malice, voire la perversité, de cet homme. C'est sur ce dernier point qu'il insiste entre les lignes. Toutes les autres formes d'amour sont de ce fait disqualifiées. En cela, il ne fait que redire le discours magistériel qui refuse de voir que l'amour, venant de Dieu (notre foi le dit), est vécu dans d'autres formes et que nul autre que celui qui le vit peut dire si oui ou non c'est de l'amour. Car personne ne peut supporter un censeur de l'amour !
Là où résident aussi la malice et la perversité, c'est dans le fait que ce discours, soit-disant "bien pensant", se situe en contradiction totale avec le message de l’Évangile et la vie de Jésus. Il est venu nous révéler que Dieu, notre Père, n'est pas un dieu vengeur, mais un Dieu d'amour inconditionnel qui va jusqu'à mourir sur une croix pour le manifester. 

C'est en ce Dieu révélé par Jésus que je crois. Pas en celui que, malheureusement, l'ambitieux évêque tend à proclamer !

14:30 Écrit par Ben dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (6) |  Facebook |

Commentaires

Mise au point très intéressante :) Merci !

Écrit par : Eusèbe | 17 octobre 2010

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La Révélation n'est pas seulement contenue dans l'Evangile : c'est la totalité de l'Ecriture qui nous révèle le Coeur de Dieu. Le Christ n'est pas venu abolir, mais accomplir la Loi. Si la miséricorde s'exerce face aux personnes qui se repentent ou qui s'abstiennent des tendances mauvaises, elle ne s'applique pas à ceux qui persévrèrent dans le vice, qui appellent bien le mal et mal le bien, ou qui malmènent les institutions naturelles voulues par le Créateur. Maditez donc ce verset du Lévitique :

"L’homme qui couche avec un homme comme on couche avec une femme : c’est une abomination qu’ils ont tous deux commise, ils devront mourir, leur sang retomberont sur eux." Lévitique 20 : 13

A propos, je n'ai rien d'un fan de l'Archevêque de Malines, ni même du Pape de Rome, j'ai grandi et je vis dans la religion réformée. Mais je puis reconnaître ceux qui prêchent selon la vérité de la Parole.

Écrit par : Pierre de Vacquerie | 18 octobre 2010

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Pierre vous êtes le genre qui font fuir les gens hors du regard de Dieu... Heureux sont-ils comme ignorants ils seront sans doute jugés moins durement que les croyants... Qui plus est il me semblait que les contre-témoignages étaient plus graves encore... c'est ce qu'on m'avait toujours appris mais on avait du me mentir!

J'imagine que vous suivez vous même le Lévitique à la lettre... Soyez heureux.

Écrit par : Eusèbe | 18 octobre 2010

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Je ne fais fuir personne. Il existe une différence entre les prescriptions pratiques du Lévitique et les vérités énoncées. Je suis un adepte de l'Ecriture seule, en tant qu'elle révèle l'Etre même de Dieu. Par conséquent, c'est à l'humain de se conformer à la volonté de Dieu, et non à l'homme d'essayer d'accomoder la révélation pour justifier ses pratiques contraires à la Sainte Ecriture. Appeler mariage une "association" autre que l'union de l'homme et de la femme en vue de croître et multiplier est un péché contre l'intention même du Créateur. Et ceux qui agissent ainsi auront à répondre devant Lui.

Écrit par : Pierre de Vacquerie | 19 octobre 2010

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Monsieur de Vacquerie,
Non, je ne vais pas censurer vos message abscons.
Votre rhétorique sophiste n'intéressera que vous.
Vous vous dites de tradition réformée; je vous recommande dès lors de lire les ouvrages de Thomas Römer, professeur d'Ancien Testament à l'Université de Lausanne et professeur au Collège de France.
Le lisant, vous découvrirez qu'il y a bien d'autres choses à dire...
Et, puisque ce lieu est le mien, je vous prie de ne plus répandre votre fondamentalisme idiot sur ces pages.
Allez déverser votre bile ailleurs...

Écrit par : Ben | 19 octobre 2010

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Grand merci, Ben, pour cette analyse claire et objective. Les propos ici étudiés ne sont pas théologiques, mais relèvent du choix d'un professeur. L'analyse qui en est faite montre vers quel but il tend. Promu à un siège pastoral, ce professeur n'enrichit pas, ne diversifie pas son point de vue. Il expose sa pensée première comme pensée finale, sans aucun souci des dégats qu'il fait dans les coeurs. Et les âmes. Si un évêque catholique n'adopte pas le regard de Jésus comme supérieur à tous les autres regards, il n'est plus un bon pasteur.
Bises fraternelles.

Écrit par : Ephrem | 19 octobre 2010

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