24 décembre 2010

En attendant la nuit...

Voici un texte magnifique, publié par l'Avent avec le Moineau sur Facebook.
Je ne résiste pas au plaisir de le transmettre, tant ce texte est, pour moi, situé au coeur du mystère que nous allons célébrer.

L'enfant de l'étrangère

Ici de passage, dans le froid et la nuit, au bout de la route, la fatigue, l'épuisement, la faim, la soif, le doute, à l'écart de tout, la lourdeur des vies à venir, les pieds gourds, l'ombre, le long chemin, la peur, et ces langues inconnues où l'insulte claque comme un fouet, je ne suis pas chez moi et l'enfant va venir, je ne suis pas chez moi et les eaux se rompent, je ne suis pas chez moi et la douleur bat mes entrailles et je n'ai jamais eu aussi mal, je ne suis pas chez moi et je ne suis plus qu'une longue plainte, déchirante, déchirée, je ne suis pas chez moi et je vais me déchirer, mon sexe va se déchirer, je ne suis pas chez moi et il n'y a pas de sage-femme, je ne suis pas chez moi et mon homme ne sait que faire et ses grandes mains maladroites et ses yeux affolés, et si l'enfant vient de travers, et si l'enfant ne passe pas, et si l'enfant ouvre tout mon corps, et si le sang, et si l'enfant meurt, et si je meurs, et si, personne ne viendra donc m'aider, et les portes qui se ferment, il n'y a pas de place pour vous ici, étrangers, je ne suis pas chez moi je vais me déchirer et il n'y a pas de place pour nous ici, je vais mourir, étrangère, et j'ai peur peur, peur mais bientôt si mal de l'enfant qui pousse et pousse encore, que la douleur si forte vient dépasser la peur.

Une étable. Il y a place pour poser ma peur dans une étable, et pour avoir mal.

Une femme d'ici vient. Elle apporte de l'eau chaude, du linge calme et blanc. Elle approche les mains. Elle a les mains tièdes comme du pain levé. Elle dit : respirez, je respire. Elle dit : poussez, je pousse.

Le souffle, me voilà toute dans le souffle, et dans ce prodige de mon enfant qui vient. Dans le sang et la déchirure, la promesse, puis Dieu, rouge, passant la barrière, glissant hors de mon corps et son premier cri.

 

09:52 Écrit par Ben dans Spiritualité | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook |

Commentaires

C'est un très beau texte !

Joyeux Noël :-)

Écrit par : Loulou | 25 décembre 2010

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Oh! Merci Ben de me citer! :*

Écrit par : Le Moineau | 29 décembre 2010

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